Un débat sur le mariage pour tous : un lit pour l’homophobie ?

By on janvier 13, 2013

La France qui dit oui qui dit nonENQUETE – Près de la moitié des appels reçus par SOS Homophobie ont eu lieu au plus fort du débat sur le mariage pour tous.

Paru le dimanche 13 janvier 2013

 

Crédit: Laura Fernandez Rodriguez

Crédit: Laura Fernandez Rodriguez

« Essayez de vous trouver une place, on a TF1 qui est en tournage depuis 11 heures ce matin et Europe 1 qui va arriver ». Johan Cavirot, administrateur du Refuge, ne sait plus où donner de la tête ce mercredi soir, lors de la permanence de cette association qui accueille des jeunes de 18 à 25 ans en situation de rejet familial à cause de leur homosexualité. Les affiches illustrant un jeune assis dans la rue recroquevillé sur lui-même et titrant « Romain, 18 ans, chassé du domicile familial parce qu’il est homosexuel » sont un peu masquées par le matériel de tournage de l’équipe télé.

Sur la quinzaine de jeunes présents ce soir, plusieurs visages seront floutés, et les prénoms modifiés. Toujours aussi difficile de parler de l’homophobie. Et l’association, qui ne peut accueillir que 21 jeunes sur Paris et une quarantaine de jeunes sur le territoire national, est prise d’assaut alors que le débat sur le mariage pour tous bat son plein.

Sur les 434 appels reçus en 2012 par l’association, 212 ont été émis rien qu’en novembre et décembre. Les appels faisant état de tentatives de suicides et entrainant le déclenchement d’un dispositif de secours ont, quant à eux, triplé par rapport à 2011.

L’association SOS-Homophobie a déclaré de son côté avoir reçu trois fois plus de témoignages rapportant des agressions homophobes au mois de décembre par rapport à la même période l’année dernière.

Sur Internet, le constat est le même : sur Twitter, le hashtag « #simonfilsestgay » derrière lequel les internautes alignaient les propos homophobes a battu des records samedi 22 décembre en étant en tête des sujets les plus discutés. Le Parisien évoque le chiffre de 20.000 tweets rédigés avec ce hashtag !

Pour appréhender cette recrudescence de l’homophobie, aucune statistique officielle n’est encore disponible. « Le gouvernement a mis en place des chiffres il y a plusieurs mois mais il faudra encore au moins un an avant d’avoir les premiers chiffres. Des enquêtes sont menées mais les données n’ont pas encore été toutes recueillies », analyse Nicolas Gougain, porte-parole de l’inter-LGBT. « Pour les commissariats et les gendarmeries, un logiciel permettant de spécifier « agression homophobe » est en train d’être installé et généralisé au niveau national, le LRPPN (Logiciel de Rédaction des Procédures de Police). Il devrait être effectif en 2014 » complète Mickaël Bucheron, président de l’association « Flag ! » des gendarmes et policiers LGBT.

« Il y a beaucoup de jeunes qui arrivent en nous disant qu’ils ne se sentent pas bien »,témoigne Florent Dezenaire, président de l’association Mag qui se rend dans les écoles pour sensibiliser contre l’homophobie. « L’homophobie ne disparaîtra jamais, mais avec Internet, ce phénomène s’est amplifié », complète Gary, intervenant dans les écoles et membre de l’association.

« On assiste à une déferlante homophobe », assure pour sa part Daniel Borillo, enseignant-chercheur spécialiste du droit des discriminations et du genre.  « Dans un débat de société lorsque la parole se libère, les gens osent dirent ce qu’ils pensent et surtout tout le mal qu’ils pensent », développe-t-il.

Avant ce débat, l’homophobie n’était pas pour autant en sommeil. Camille, 17 ans, qui a accepté de témoigner sur Internet, raconte qu’elle a été agressée plusieurs fois ces deux dernières années dans la rue à Paris et Poitiers, où elle vit actuellement, à chaque fois par des inconnus, seuls ou en bande, qui la traitaient de « gouine ».  Elle n’en a jamais parlé à la police, et n’a rien dit non plus à ses proches.

Car, parler sans cesse d’homophobie, ça peut faire mal. “Tout ce que je voudrais c’est qu’on puisse « être »”. Pas qu’on vienne toujours nous chercher pour parler d’homophobie. Pas qu’on débatte sans cesse de notre sexualité. Juste être”. Julianne, 18 ans, qui a été prise en charge par le Refuge après avoir galéré pendant plus d’un mois parce que sa mère l’avait mise dehors en raison de son homosexualité, en a ras-le-bol qu’on ne lui parle plus que de ça et qu’on ne la fasse plus parler que de ça. D’autant que pour elle, comme pour tous les jeunes présents dans l’association, l’homophobie a, avant tout, été familiale, et antérieure au débat actuel. Mais celui-ci ne fait qu’attiser le drame qu’ils traversent.

« Idéologiquement, mes parents sont d’accord avec ceux qui vont manifester dimanche ». Damien, 18 ans, homosexuel qui a été jeté hors du domicile familial par ses parents, fait ce constat sans ciller, d’une voix égale. Comme anesthésié.

Le Refuge l’a accueilli début septembre. Dimanche, il essaiera de ne pas penser à ces gens qui vont défiler en masse. Il n’ira pas le 27 janvier défiler pour la défense de ses droits ; « je n’aime pas aller dans la rue comme ça », répond-il évasivement. Et son avenir ?« J’espère avoir des enfants, plus tard je veux créer une famille. Là je suis en licence 1 de Philo à la Sorbonne et voilà, je continue mes études, j’essaie d’avoir des rêves ».

Laura Fernandez

Avec la collaboration de Maïna Fauliot, Julien Gathelier et Morgane Giuliani

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