Plug and Play : «Être LGBT dans les forces de l’ordre»

By on janvier 2, 2017

Article rédigé par  paru le 11 novembre 2015 sur le site de LA PENICHE, le journal des étudiants de Sciences Po.

Créée en 2004, l’association Plug n’Play est celle de toutes les sexualités et de toutes les identités de genre. Elle a pour but de promouvoir la culture LGBTQ+ au sein de Sciences Po et à Paris, de faire de la prévention sur les risques liés à toutes les pratiques sexuelles, et de lutter contre les discriminations. Cet engagement adressé à tous les étudiants a commencé cette année avec l’organisation d’une conférence le 2 novembre 2015 sur le thème : « Etre LGBT au sein des forces de l’ordre, Tolérance ou Répression ? ». Plug n’Play a ainsi invité Mickaël Bucheron, président de l’association FLAG ! des policiers et gendarmes LGBT. Marie Mercat-Bruns, maître de conférences à Sciences Po de différents cours sur la diversité, de droit du genre et droit comparé des personnes est aussi invitée à partager son expérience du droit dans le cadre du harcèlement au sein des forces de l’ordre.

Créée en 2001, FLAG ! compte près de 500 adhérents en France et prend part à de nombreux événements, dont les marches des fiertés. Financée en partie par le ministère de l’Intérieur, elle intervient par ailleurs très fréquemment dans les douze écoles de polices. « Elle peut être distinguée des autres associations puisque les individus concernés sont fonctionnaires et militaires, et n’ont donc pas de droit syndical, ni de droit de grève », note son président.

 

Des résultats loin du compte

M. Bucheron constate une belle avancée au niveau des droits sociaux, même si « tout reste à faire sur la partie homophobie ». Pour l’association, 253 délits liés à l’orientation sexuelle ont été recensés en 2013. Elle souligne également que les victimes ont souvent peur de déposer plainte et que la justice mène à des résultats partagés, le harcèlement restant difficile à prouver.

Le directeur de FLAG ! pointe ensuite du doigt des commentaires très sexistes, dans un monde de la police et de la gendarmerie souvent associé à la masculinité. La caricature de la personne gay efféminée et peu disponible reste selon lui très présente. Les commentaires atteignent aussi les lesbiennes, et bien sûr les femmes, pour lesquelles la dégradation de la vie au travail par les harcèlements est parfois lourde.

M. Bucheron dresse un sombre constat : « même un gendarme informé est démuni une fois victime ».

© Daphné Basuïau pour Plug n’Play

« Les identité LGBT, exprimées ou non, n’ont rien avoir avec le travail qui ne doit normalement être qu’une question de performance », rappelle de son côté M. Mercat-Bruns.

Dès que la discrimination est avérée, il faut identifier la motivation d’une telle différence de traitement de personne. C’est la Cour de Cassation qui s’occupe des discriminations fondées sur l’apparence physique liées au genre et à l’orientation sexuelle.

Mais les preuves sont souvent subtiles et difficilement démontrables. Ont en effet parfois lieu des discriminations indirectes dont les critères sont en apparence neutres. Les harcèlements et discriminations systémiques relèvent d’un ordre établi involontaire en apparence qui conduit à des stéréotypes, une ségrégation professionnelle, une sous-évaluation de certains emplois et des écarts salariaux.

Homophobie ou « flico-phobie » ?

FLAG ! fait partie depuis 2004 d’un réseau européen de 13 pays qui organise des réunions dans le but de rapprocher leurs différentes actions. La Mutuelle Générale de la Police s’engage aussi aux côtés de FLAG ! de même que certaines anciennes associations sociales de la police qui permettent la diffusion des messages et l’évolution de certaines mentalités.

© Daphné Basuïau pour Plug n’Play

Cependant, la relation avec les syndicats est complexe et le discours « Pourquoi gays et pas négros ? » est toujours récurrent. Pour certaines personnes elles-mêmes LGBT, avoir pour métier celui de policier ou de gendarme est inconcevable. Une homophobie est constatée d’un côté, et une « flico-phobie » de l’autre.

Des évolutions notables ont été réalisées depuis l’entrée en vigueur du traité d’Amsterdam, qui a lui-même créé un élan de textes combattant les discriminations. M. Mercat-Bruns insiste sur la compatibilité du harcèlement et de la discrimination puisque le harcèlement discriminatoire a même été reconnu d’un point de vue législatif. Désormais, la loi reconnaît que le harcèlement sexuel peut créer un environnement hostile en portant atteinte à la dignité de la victime.

Le passage de trois séquences du film allemand Free fall réalisé par Stephan Lacan illustre la fin de la conférence. Le film montre la vie difficile d’un couple de deux jeunes hommes des forces de l’ordre et la dégradation violente de la situation.

Les défis à relever sont finalement encore nombreux puisque les harcèlements autant internes qu’externes à la police subsistent. En plus du soutien financier, le soutien moral et l’information sont essentiels. Il est aussi important de sensibiliser les personnes qui ne se sentent pas concernées par le problème car « c’est aussi l’ignorance qui fait qu’on discrimine »

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