Médiapart : «L’homophobie à l’amende» dans les commissariats et les gendarmeries

By on mai 22, 2014

Logo Médiapart17 MAI 2014 |  PAR LOUISE FESSARD

Pour la première fois, ce 17 mai, la journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie sera visible dans les commissariats et dans les gendarmeries. «Une révolution culturelle, surtout dans la gendarmerie», se réjouit Mickaël Bucheron, 40 ans, président de l’association Flag qui regroupe policiers et gendarmes LGBT (personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et trans). L’association a obtenu l’appui du ministère de l’intérieur pour une campagne d’affichage proposant de mettre «l’homophobie à l’amende».

Campagne de Flag et du ministère de l'intérieurCampagne de Flag et du ministère de l’intérieur

Selon Flag, une note du directeur de la police nationale demande à tous les chefs de service de placarder ces affiches dans leurs locaux. Et, côté gendarmerie, de relayer la campagne sur l’intranet. «C’est un message envoyé par l’institution aux agents gay, lesbiens ou trans, qui ne sont pas toujours rassurés sur l’état d’esprit de la maison à leur égard et hésitent à devenir visibles», se réjouit Mickaël Bucheron, président depuis 2011. «Quand je suis rentré dans la police en 1998, je n’ai pas fait mon coming out tout de suite,se souvient-il. La plupart des policiers LGBT étaient contraints de rester cachés ou de s’inventer une deuxième vie. Au repas de brigade je venais tout seul, alors qu’il y avait les conjoints et conjointes des autres. On s’est dit « Merde, pourquoi on ne peut pas venir avec notre copain ? »»

Créée en 2001, deux ans après l’adoption de la loi créant le Pacs (pacte civil de solidarité), l’association Flag revendique aujourd’hui quelque 500 adhérents, pour la plupart en région parisienne. Elle intervient en école de police et de gendarmerie. Les policiers ont leur propre char à la Gay pride, où ils défilent en ancien uniforme avec l’autorisation tacite du ministère. En octobre 2012, l’ex ministre de l’intérieur Manuel Valls avait anticipé la loi sur le mariage pour tous, en accordant le droit aux congés parentaux aux familles homoparentales de la police et de la gendarmerie.

Mais «même si les mentalités ont bien évolué et que l’accueil dans les commissariats est plus chaleureux, la plupart des fonctionnaires LGBT restent encore cachés, dit Mickaël Bucheron. On a des cas de harcèlement moral pour homophobie ou transphobie qui vont parfois très loin. Et ça reste compliqué en province de trouver des collègues prêt à se rendre visibles pour des actions de sensibilisation.»

Comme beaucoup de Français, il s’est pris une claque devant la violence des débats lors du vote de la loi sur le Mariage pour tous. Et la libération d’une parole homophobe dans la rue. «Il y a eu quelques affiches de la Manif pour tous collées dans des commissariats : à chaque fois le ministère a immédiatement réagi,explique Mickaël Bucheron. Et les collègues, très impliqués dans le maintien de l’ordre et pour plusieurs blessés, ont pu constater le caractère extrémiste et le discours haineux des manifestants contre le mariage pour tous.»

La même campagne à destination des gendarmesLa même campagne à destination des gendarmes

La campagne d’affichage vise également à améliorer le recensement des actes homophobes et transphobes, et la prise en charge des victimes. Le 15 et le 16 mai, Flag a distribué dans plusieurs services de police et à la Direction générale de la Gendarmerie Nationale (DGGN) des fac similés de Procès verbaux récapitulant l’ensemble des codes recensant ces actes. «Parmi les milliers de codes qui existent lors d’un dépôt de plainte, les fonctionnaires ne rentrent pas forcément le bon dans le logiciel et l’aspect homophobe ou transphobe est largement sous-estimé», explique Mickaël Bucheron.

En 2013, seuls 253 crimes et délits commis à raison de l’orientation sexuelle ou l’identité de genre de la victime ont ainsi été enregistrés par la police, selon Flag. Dans le même temps, l’association SOS Homophobie a elle enregistré une hausse sans précédent des appels pour des actes homophobes : 3500 témoignages reçus en 2013, soit 78% de plus qu’en 2012.  Les insultes représentent 39% des actes et les agressions physiques 6%.

Car selon une étude de mai 2013 de l’agence des droits fondamentaux de L’Union européenne, une toute petite minorité des actes homophobes ou transphobes commis arrivent jusqu’aux portes des commissariats. Sur les cinq dernières années, au sein des 28 Etats de l’Union européenne, un cas de violence sur cinq (22 %) commis en raison de l’orientation LGBT de la victime a été signalé à la police. Seulement 6 % des cas de harcèlement équivalents ont été signalés à la police.

En cause ? La peur d’être mal accueilli et des procédures judiciaires trop longues et aléatoires. Selon le rapport annuel de l’association SOS Homophobie, certains services de police ou de gendarmerie français continuent de refuser d’enregistrer des plaintes. Ou lorsqu’ils prennent la plainte, refusent de faire enregistrer la circonstance aggravante « homophobie » choisissant à la place « racisme ». L’association évoque également des parti pris en faveur de l’agresseur, des insultes et des remarques déplacées, du style« Quand on est homosexuel, on n’habite pas ce quartier ».

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