Flag ! à la table ronde : Quelle visibilité de la séropositivité au sein des associations LGBT ?

By on décembre 8, 2013

Parlons QLe 18 novembre 2013, à quelques jours du 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le SIDA, était organisée au Centre LGBT Paris Ile de France une table ronde autour de la visibilité de la séropositivité au sein des associations LGBT.

Cette table ronde à laquelle participait Flag ! représenté par son président Mickaël Bucheron et de nombreuses autres associations comme Séropotes Paris,
 La Station (Centre LGBTI de Strasbourg),  Mobilisnoo,
 Inter-LGBT,
 AMAP,
 David & Jonathan,
 Nijikan Karaté Do, 
ASMF,
 Bi’cause, Rando’s Ile-de-France, Le MAG,
 Front Runners, 
la FSGL,  Sidaction,
 Paris 2018,
 Centre LGBT Paris-Ile de France et le TIP, faisait suite aux travaux et aux réflexions menées par Parlons Q.

Vous le savez, Flag ! est déjà très engagé pour maintenir une information régulière sur le VIH ou les IST par exemple dans sa newsletter. Elle entretient des travaux et projets avec les mutuelles police (Intériale Mutuelle et la Mutuelle Générale de la Police) sur la prévention du VIH et des IST. Par le passé, Flag ! disposait également d’un référent santé, chargé de faire des propositions d’actions et porter des projets de sensibilisation et d’information sur les maladies sexuellement transmissible. Un référent que nous souhaitions remettre en place cette année mais sans parvenir à trouver un volontaire. Je ne désespère pas pour autant.  Malgré tout, il demeure difficile pour nos collègues d’être visible dans l’association en tant que séropositif. Cette absence de visibilité des personnes séropositives au sein de Flag ! doit nous interpeller !

Flag ! vous propose de prendre connaissance des premières conclusions tirées de cette table ronde. Bien entendu, si le sujet vous intéresse ou si vous souhaitez réagir sur ce sujet, vous pouvez prendre contact avec les représentants de Flag ! par téléphone, par mail ou lors de nos permanences.

Constat

A l’issue d’un exposé par Alain LEOBON sur les séropositifs vus à travers les résultats connus de l’enquête Net Gay Baromètre 2013, les représentants des associations présentes sont chacun à leur tour intervenus pour dresser un court état des lieux de la visibilité générale des séropositifs au sein de chaque organisation et le constat reste identique à celui dressé en janvier lors de la première table ronde organisée par Parlons Q) : il y a peu, voire pas du tout, de séropositifs «officiels» et identifiables au sein des associations. Quasiment tous les groupes sont d’accord pour parler de la thématique VIH, et porter des discours et/ou des actions de prévention, mais les séropos restent silencieux. Certaines associations voudraient amener la discussion sur des cas concrets, mais ne savent pas comment aborder la question. Parfois, certains osent parler de leur situation personnelle, mais presque toujours en privé, et en off.

Les cas de séropositivité affichée sont rares : « coming-out » d’un volontaire au Centre LGBT Paris-IdF, lors d’une interview pour la lettre d’information mensuelle, puis lors de sa candidature au Conseil d’Administration ; un adhérent de Bi’cause qui, lors d’un repas, a spontanément et naturellement sorti et pris son traitement. Quelques cas aussi à Flag !, mais subis, lorsque des policiers séropositifs ont été «outé» contre leur gré puisque retirés de la voie publique et placardisés. Peu d’entres eux souhaitent témoigner à visage découvert.

Pourtant, la plupart des associations représentées affirment la nécessité de s’appuyer sur des exemples, pour aborder la question. Aussi les séropos affichés sont-ils régulièrement sollicités; les Séropotes sont ainsi régulièrement appelés à témoigner lors de débats organisés dans diverses associations (notamment le MAG). Aussi, dès qu’un bénévole affiche sa séropositivité, il est souvent ensuite sollicité en privé pour parler. Certains lui parlent de leur propre séropositivité, d’autres s’informent. La visibilité s’avère donc par expérience nécessaire pour que les individus osent aborder la question. Mais sans pour autant qu’ils trouvent à leur tour l’envie ou l’occasion de se rendre à leur tour visibles. Bref, on aboutit au paradoxe que, si toutes les associations LGBT portent la thématique du sida, c’est un peu comme si en leur sein, aucun membre n’était touché !

En dehors des associations professionnelles, où l’affirmation de sa séropositivité pourrait représenter un risque pour sa carrière, pourquoi les membres des associations LGBT ne parlent-ils pas de leur statut en 2013 ? La peur d’être stigmatisés ? Le risque d’être identifié comme le « séropo de service » ? Le manque d’occasion ?

Flag ! a aussi souligné la difficulté pour les associations autre que celles spécialisées comme AIDES, ACT UP ou SEROPOTES de prendre où le parti d’un discours rassurant sur la maladie, devenu désormais une maladie chronique pour la plupart des personnes touchées, on ne meurt plus comme dans les années 80 bien heureusement, où celui de la nécessité d’un message traditionnel de prévention en rappelant que seul l’usage du préservatif permettait de se protéger du virus et de l’enjeu d’effectuer régulièrement un dépistage.

Actions

La question du VIH au sein des associations LGBT reste donc encore souvent limitée à la diffusion de discours généraux de prévention, sans exemples auxquels s’identifier ou se référer. Tout le monde affirme aujourd’hui sa volonté d’être accueillant avec les séropositifs, afin qu’ils se sentent bien ; l’accent est mis sur l’estime de soi, condition pour que les individus prennent soin d’eux et se protègent.

Certaines associations tentent de mettre en place des actions positives, pour mettre elles-mêmes l’accent sur la question du VIH. Les Front Runners ont voulu dépasser les discours de « prévention à la papa » et ont tenté de réfléchir à la question, avant d’étendre cette action à la FSGL. La réflexion a été menée en partenariat avec le Kiosque, et aboutira à la publication au printemps 2014 d’une brochure « Sport, bien-être et VIH ». Paris 2018 aussi réfléchit à des actions sur le thème du sida, autour de trois axes : les discours de prévention à destination du grand public ; les messages plus ciblés à destination du personnel encadrant ; la communication à destination des séropos, dont un des buts de la création des Gay Games était de les réintégrer, et qui bénéficieront pas exemple de lieux de repos…

Perspectives

A leur corps défendant, les groupes LGBT ont créé une discrimination envers les séropos, qui ne se sentent pas assez écoutés ou à l’aise pour pouvoir dialoguer librement au sein de l’activité associative. Le risque qu’encourent aujourd’hui les séropos est celui d’une « mort sociale ». On notera que, même au sein des associations de séropositifs, une nouvelle discrimination s’installe peu à peu, qui exclut cette fois les membres atteints d’une co- infection (hépatite) !

La séropositivité aujourd’hui ne se voit plus physiquement, et la question individuelle est quasiment abandonnée. L’association étant aussi un espace de rencontre, parler de sa séropositivité représente encore un risque de rejet de la part des autres bénévoles.

Les axes d’action qui semblent envisageables aujourd’hui pour améliorer la situation sont les suivants : Reparler du sida
,  donner des exemples
, changer l’angle d’attaque du discours

Les associations doivent reparler du sida, et dire ce qu’est le VIH aujourd’hui afin de dissocier enfin les questions du sida et de mort. La connaissance et la représentation du VIH chez les gays (dans les associations ou dans le grand public) s’est arrêtée en 1990 ! Des questions concrètes actuelles doivent être posées. On peut par exemple se demander ce qui se fait ou ne se fait pas, ce qui se dit ou ne se dit pas, face à un séropo. Pour cela, il faut mettre le sujet sur la table, en parler sans faux-fuyants, traiter la question de manière directe. La resocialisation des séropos permettra aussi de lutter contre leur isolement, et ainsi de réduire les pratiques à risques.

Les associations doivent donner des exemples de personnes séropositives. Alors que les nombres de contaminations augmentent, on constate une baisse du pourcentage de personnes (même chez les gays) qui connaissent un séropositif ! Or, les statistiques montrent que les gays qui connaissent un séropo ont plus tendance à se protéger eux-mêmes.

Les associations enfin doivent repenser leur discours. Mettre l’accent sur la santé peut par exemple porter un discours positif, inclusif, dé-stigmatisant.

Parlons Q propose qu’un groupe travail se mette en place pour recenser et promouvoir toutes les initiatives possibles pour rendre plus visible la séropositivité au sein des associations LGBT. Notamment : Relancer et approfondir l’enquête sur la séropositivité dans les associations LGBT ; Reprendre et adapter l’idée d’une charte, associations, vih, sérophobie ; Favoriser les rencontres entre associations LGBT et représentants des séropos ; Faire participer les associations LGBT au réseau de santé LGBT

Texte adapté du compte rendu rédigé par Parlons Q

 Parlons Q a réalisé un bilan de ses travaux engagés depuis décembre 2012 en partenariat avec le Centre LGBT Paris Ile de France. Consultez le bilan

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *